Je ne vais pas démarrer cet article en demandant : “Est-ce que les hommes se posent cette question?” Ce serait une manière bien facile de traiter le sujet tout en ignorant la situation à laquelle fait face la majorité des femmes. Et puis je pense que de plus en plus d’hommes se posent effectivement la question.
Il est 7h30. Le taxi m’attend. Je sors discrètement avec ma petite valise, direction l’aéroport et le Zimbabwe. Quand soudain, de petites mains s’accrochent à mon tailleur. Ma petite dernière de 3 ans hurle. Non, Maman, ne pars pas. Je la détache, le cœur gros.. Et je pars sans me retourner. 

Pression de la société, culpabilisation de l’école, de la famille, du partenaire, de soi-même, de son éducation …

Peut-on être une bonne mère tout en poursuivant sa carrière? Évidemment que oui. Je l’ai fait et des millions de femmes le font tous les jours.
Est-ce que les enfants souffrent d’avoir une mère qui travaille? Quand ils pleurent parce qu’on part, sont-ils pour autant malheureux? Pour la grande majorité, oui… pendant quelques minutes. 

Mais la vraie question est… 

À long terme, quel est l’impact sur les enfants?

Il n’y a pas d’études montrant que les enfants s’en sortent mieux si leur mère est restée à la maison pour les éduquer. Au contraire.

Je citerai cette étude conduite entre 2002 et 2012, sur 24 pays et avec plus de 30,000 personnes interviewées qui montre que quand la maman travaille hors de la maison, les filles ont plus de chances de trouver un job, d’avoir des responsabilités managériales et de gagner plus.
Parallèlement les garçons vont plus participer aux tâches ménagères et plus s’occuper de leurs enfants. (Voir étude 
ici).
Une mère moins présente, certes, mais une mère qui leur ramène le monde extérieur au quotidien et qui leur servira plus tard de rôle model. 

 

Alors, comment on fait?

Déjà, on met son ego de côté et on accepte que quelqu’un d’autre, quelqu’un qu’on aura choisi avec beaucoup de soins, soit capable de s’occuper de nos enfants. Et parfois même mieux que nous. On accepte les reproches de l’école… On les ignore. Ou on se défend. 

On essaye de comprendre pourquoi on nous fait des reproches. Peur du changement ? Jalousie? Manque d’ouverture d’esprit ? Quand on y réfléchit, on se rend vite compte que tout ce qui peut expliquer cette attitude est méprisable et ne devrait pas nous atteindre (oui, je sais, plus facile à dire qu’à faire, mais il faut vraiment le travailler, c’est important).

 

Est-ce que ça va être facile?

Bien sûr que non.
Quant aux 3 mois de ma première fille, après avoir vécu une période fusionnelle extraordinaire, j’ai repris le cœur lourd le chemin du travail, me demandant si c’était vraiment la bonne décision… puis, de retour le soir, là, la douche froide.
Ma fille qui tourne la tête du haut de ses 3 mois pour me faire payer ma trahison. Bien sûr que c’est dur.
Bien sûr que de jongler entre travail, nounous, bains du soir, nuits sans sommeil est compliqué. Mais il va falloir en passer par là et trouver des aides.
Ne pas économiser sur la femme de ménage et préférer passer le temps libre qu’on a à s’occuper de ses enfants ou de soi-même, plutôt qu’à récurer la salle de bain.

Et surtout, demander la contribution du (de la) partenaire (quand partenaire il y a). Mais de nouveau, pas n’importe comment.
Un.e partenaire ça ne doit pas « aider ». Un couple doit se partager les tâches ménagères. Donc on se met d’accord sur le partage et on « laisse faire » pour de vrai, pas à moitié.
Si votre partenaire prend le linge, il le fait de A à Z et on n’est pas derrière son dos à critiquer… il est en charge. Et au passage, on évacue notre propre charge mentale liée au linge (pour comprendre ce qu’est la charge mentale, c’est 
ici).

On doit se mettre d’accord avec son partenaire sur qui reste à la maison quand l’enfant est malade, qui doit aller en urgence à l’école quand la grande a mordu un gamin en cour de récré. De nouveau, un choix basé sur les disponibilités de chacun, en se rappelant que nous avons tous les deux les qualités requises pour gérer ces situations. Nos gènes ne nous sont d’aucune utilité quand il faut faire face au proviseur. 

 

Est-ce que ça en vaut la peine ? 

De nouveau, évidemment ! Mais pourquoi ? Cela serait si simple finalement de rester à la maison.. Mais non. Déjà, je trouvais beaucoup plus facile de gérer un boulot, des projets et une équipe que mes 2 monstres filles.  Et puis, cela m’a surtout permise  de m’éclater aussi bien au travail qu’à la maison. D’avoir le meilleur des deux mondes. Le bain et les câlins du soir, mais pas les caprices de la journée. Le travail qui avançait, mais avec mes filles qui me permettaient de relativiser de l’importance des sujets et de faire de moi une meilleure manager.
Alors oui, ça en vaut la peine.. mille fois ! 

 

Et pour le reste?

On trouve son rythme. Le mien consiste à privilégier de vrais moments familiaux. Par exemple le soir, hors voyages, être à la maison vers 20h et avoir un vrai dîner familial. Tous ensembles, pas de TV, ni smartphone. Un moment d’échange. Transformer la quantité en qualité. Avoir des vrais WEs. Et quand on est avec les enfants, on est avec les enfants. On n’est pas au téléphone ou sur Facebook. On est connectés aux enfants.

J’ai trouvé un système de garde qui me convient et qui est flexible – nous avons adopté le système des au-pairs dans notre cas. Voyageant beaucoup plus que mon mari, nous établissions nos agendas voyages à l’avance pour s’assurer qu’un de nous était toujours sur place. D’autres vont utiliser le système « grands parents » mais malheureusement, les nôtres étaient trop loin. Et puis, on se trouve des activités communes et on transforme ses enfants en globetrotter.
Evidemment, on fait des entorses à certaines règles traditionnelles de l’éducation. Par exemple, les filles n’allaient pas se coucher tous les jours à une heure précise (houlala… tape sur la main) – mais dîner ensemble me semblait plus important et leur apporter plus qu’un coucher régulier.
On sait avec une carrière comme la mienne, qu’on va rater des rendez-vous importants, donc on se met quelques règles obligatoires, comme la participation à la rentrée des classes, les réunions parents-professeurs, la remise des diplômes et le sacro-saint spectacle de fin d’année.
Et les devoirs ? Dans mon cas, j’ai choisi de ne pas les faire, mais de m’organiser autrement.  En primaire, les au-pairs aidaient. Mais au collège, le niveau monte. J’ai passé un contrat avec chacune de mes filles. « Je vais te faire complètement confiance. Je ne vais jamais vérifier que tu as fait tes devoirs et je ne vais jamais te faire réciter tes leçons. Parce que je sais que tu vas les faire. Si tu n’y arrives pas, tu m’appelles, mais sinon, je te laisse seule. Mais si un jour tes notes baissent ou si tes professeurs me disent que tu ne donnes pas le maximum, alors, je me débrouillerai et je serai sur ton dos d’une telle force que tu regretteras d’être née ! »
Et cela a marché. Elles ont appris l’autonomie. Mais quand la grande a eu des difficultés, j’ai embauché un professeur particulier pour palier. Enfin, ce n’était pas un problème de temps à y consacrer, plutôt un problème de patience de mon côté !

Le résultat ?

Les filles ont aujourd’hui 21 et 23 ans, elles ont vécu sur 4 continents. Elles sont diplômées et démarrent dans la vie active. Jeunes femmes indépendantes mais surtout bien dans leur peau, qui savent ce qu’elles veulent. Du moins, à leurs âges, elles savent surtout ce qu’elles ne veulent pas. Je n’aurai pas pu rester à la maison. À chaque fois que j’ai pris un mercredi pour m’occuper des enfants, j’ai finis sur les rotules. Je serais certainement devenue folle.

Le choix de rester à la maison est tout à fait respectable et doit être respecté…. Si c’est un vrai choix personnel, d’un des parents, motivé par une réelle envie de consacrer son temps à ses enfants. Mais si ce choix est motivé par toute autre raison comme la culpabilité, la pression sociétale alors je dis non.
On aura une femme malheureuse, des enfants culpabilisés – « avec tout ce que j’ai sacrifié pour toi, comment peux-tu m’abandonner? ».
Des enfants à qui l’on n’aura pas appris l’indépendance sans parler de la superbe crise d’adolescence qu’on se prépare.

Je ne traite pas le cas des enfants en position d’handicap ou de maladie. Bien sûr, dans ce cas, les choix et envies individuelles passent au second plan.

Je pensais que c’était un débat du siècle dernier. Mais non, même si les mentalités ont évolué, ça reste un sujet d’actualité. Les jeunes femmes que je rencontre aujourd’hui ont les mêmes préoccupations que celles d’hier. 

Je vous propose maintenant de partager vos expériences, vos astuces qui pourraient aider les autres. Et pour vos questions, ça se passe ici

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